Une botte d’enrubanné peut sembler être une simple alternative au foin, mais sa teneur en eau, sa fermentation et sa conservation changent réellement la façon de nourrir un cheval. Je vous explique comment l’intégrer à la ration, quelle quantité distribuer, comment choisir un produit sain et dans quels cas il peut être préférable au foin.
L’enrubanné peut convenir aux chevaux à condition d’être bien choisi et bien dosé
- Fourrage fermenté conservé sous film plastique, généralement entre 50 et 70 % de matière sèche.
- La ration se calcule en matière sèche, pas seulement en kilogrammes de produit distribué.
- Un cheval de 500 kg reçoit souvent environ 12,5 kg d’enrubanné à 60 % de matière sèche pour couvrir 1,5 % de son poids vif.
- La transition depuis le foin doit durer au moins 15 jours, de façon progressive.
- Une botte ouverte doit être consommée rapidement, idéalement en 2 à 5 jours selon la saison.

Ce que l’enrubanné change dans l’alimentation du cheval
L’enrubanné est un fourrage préfané, puis emballé sous film plastique afin de provoquer une conservation par fermentation en l’absence d’air. Il contient donc davantage d’humidité que le foin, avec généralement 50 à 70 % de matière sèche, contre environ 85 % pour un foin correctement séché.
Cette différence paraît technique, mais elle a une conséquence très concrète. À poids égal, le cheval reçoit moins de nutriments avec l’enrubanné, puisqu’une partie du poids correspond à de l’eau. Je raisonne donc toujours en kilogrammes de matière sèche avant de déterminer la quantité à mettre dans le filet ou le râtelier.
Bien réalisé, ce fourrage est souvent appétent, souple et moins poussiéreux que le foin. C’est un avantage intéressant pour les chevaux sensibles sur le plan respiratoire, mais cela ne signifie pas qu’un enrubanné de mauvaise qualité devient sans danger. Une fermentation ratée, une botte percée ou un fourrage moisi peuvent provoquer des troubles digestifs importants.
Comme le rappelle l’IFCE, le fourrage doit rester la base de la ration. L’enrubanné peut donc remplacer tout ou partie du foin, mais il ne dispense pas d’adapter la ration au poids, à l’activité, à l’âge et à l’état corporel du cheval.
Quelle quantité donner selon le poids du cheval
Pour un cheval adulte au repos ou ayant une activité légère, je pars généralement d’un apport de 1,5 % du poids vif en matière sèche par jour. Cette valeur doit être ajustée selon l’état corporel et la qualité du fourrage. Un cheval en surpoids peut recevoir une ration hypocalorique, tandis qu’une jument allaitante, un jeune en croissance ou un cheval de sport aura des besoins différents.
La formule est simple : poids du cheval × pourcentage de matière sèche souhaité, puis division par le taux de matière sèche de l’enrubanné.
| Cheval | Objectif en matière sèche | Enrubanné à 60 % de matière sèche |
|---|---|---|
| 400 kg | 6 kg de matière sèche | 10 kg brut par jour |
| 500 kg | 7,5 kg de matière sèche | 12,5 kg brut par jour |
| 600 kg | 9 kg de matière sèche | 15 kg brut par jour |
Ces chiffres sont des repères, pas une ordonnance alimentaire. Un enrubanné à 50 % de matière sèche demandera une quantité brute plus importante qu’un produit à 70 %. Pour un cheval de 500 kg, 7,5 kg de matière sèche correspondent à 15 kg de produit à 50 %, mais à environ 10,7 kg à 70 %.
Je recommande de peser plusieurs fois les portions, car l’œil sous-estime facilement le poids d’une ration humide. Une analyse de fourrage apporte aussi des informations précieuses sur l’énergie, les protéines, les sucres et les minéraux. Elle évite de distribuer trop de concentrés à un cheval qui reçoit déjà un enrubanné riche.
Foin ou enrubanné le choix dépend du cheval
Il n’existe pas un gagnant universel. Le bon choix dépend surtout de la qualité disponible, de la capacité de stockage et du profil du cheval. Un fourrage analysé et bien conservé sera toujours préférable à un produit choisi uniquement parce qu’il est plus vert ou plus appétent.
| Critère | Foin | Enrubanné |
|---|---|---|
| Matière sèche | Environ 85 % | Environ 50 à 70 % |
| Poussière | Variable, parfois importante | Souvent faible si le produit est sain |
| Conservation | Stockage sec et ventilé | Film intact, à l’abri des perforations |
| Valeur alimentaire | Variable selon la coupe | Souvent plus riche, mais très variable |
| Contraintes | Risque de poussière et de moisissures | Ouverture et consommation rapides |
Pour un cheval sujet à l’asthme équin, l’enrubanné sain peut réduire l’exposition aux poussières. Je reste toutefois prudent : une odeur suspecte, une zone chauffée ou la moindre moisissure doivent conduire à écarter la botte. Chez un cheval respiratoire, la qualité de l’environnement, la ventilation et la gestion de la litière comptent autant que le choix du fourrage.
À l’inverse, un cheval rustique, peu actif et facilement engraissé peut recevoir un enrubanné trop énergétique ou trop riche en protéines. Dans ce cas, un foin plus fibreux, distribué avec un filet à petites mailles, sera parfois plus adapté. L’objectif n’est pas de remplir le bac à volonté, mais de fournir assez de fibres sans faire monter inutilement l’état corporel.
Comment introduire et distribuer ce fourrage
Le changement doit être progressif, même si le cheval réclame immédiatement ce nouveau fourrage. Je prévois 15 jours minimum pour passer du foin à l’enrubanné, et plutôt deux à trois semaines pour un cheval sensible ou habitué à une ration très différente.
- Commencer avec une petite proportion d’enrubanné mélangée au foin.
- Augmenter progressivement la quantité tous les trois ou quatre jours.
- Surveiller les crottins, l’appétit, l’hydratation et l’état général.
- Réduire ou interrompre la transition en cas de diarrhée, de coliques ou de baisse d’appétit.
Quand du foin et de l’enrubanné sont distribués ensemble, je donne généralement le foin en premier. Un cheval peut bouder le foin après avoir découvert un fourrage plus humide et plus savoureux, ce qui complique ensuite la gestion de la ration.
Une botte ouverte s’altère rapidement au contact de l’air. L’IFCE indique une consommation dans les cinq jours, mais je vise plutôt deux à trois jours en période chaude. Il faut donc choisir un format adapté au nombre de chevaux. Une grosse botte destinée à un seul poney est rarement une bonne idée, même si son prix au kilogramme semble intéressant.
Reconnaître un enrubanné sain et le conserver correctement
Avant chaque distribution, j’inspecte la botte et le fourrage. L’enrubanné sain présente une odeur fermentée mais agréable, une texture homogène et une couleur cohérente avec la plante récoltée. Il ne doit pas être visqueux, excessivement échauffé ou couvert de taches suspectes.
- Film percé ou fortement détendu : la conservation n’est plus garantie.
- Odeur de pourriture, d’ammoniac ou de beurre rance : ne pas distribuer.
- Moisissures visibles : écarter la partie atteinte et, si l’altération est étendue, éliminer toute la botte.
- Terre, crottin ou animal mort dans le fourrage : risque sanitaire majeur, la botte doit être écartée.
Retirer une petite plaque superficielle ne suffit pas toujours, car l’altération peut progresser à l’intérieur. Je préfère perdre une botte que prendre le risque de déclencher une colique ou une intoxication. Le stockage doit se faire sur une aire propre, stable, protégée des rongeurs et des oiseaux, sans manipulations susceptibles de percer le film.
La ration minérale mérite aussi d’être vérifiée. Un enrubanné riche en protéines ne couvre pas forcément les besoins en calcium, phosphore, sodium, cuivre ou zinc. Le complément dépend de l’analyse du fourrage et du reste de la ration, pas de la seule apparence de la botte.
Une décision simple à prendre avant d’acheter une botte
Pour moi, un bon enrubanné destiné aux chevaux réunit quatre conditions : matière sèche connue, récolte propre, film parfaitement étanche et rythme de consommation compatible avec le nombre d’animaux. Si l’une de ces conditions manque, le foin reste souvent une solution plus sûre et plus facile à gérer.
Avant de changer, pesez le cheval, faites analyser le fourrage si possible et calculez la ration en matière sèche. Cette méthode demande quelques minutes, mais elle évite les deux erreurs les plus courantes : sous-alimenter le cheval parce que l’enrubanné contient beaucoup d’eau, ou le suralimenter parce qu’il est particulièrement riche.
Bien sélectionné et introduit avec méthode, l’enrubanné est un fourrage pratique, appétent et parfois très utile, notamment lorsque la poussière du foin pose problème. Il doit toutefois rester un élément raisonné de l’alimentation, surveillé chaque jour comme n’importe quel aliment conservé.