Un cheval qui manque d’état, un senior qui mâche difficilement ou une ration trop riche en céréales peuvent bénéficier de la pulpe de betterave, à condition de l’utiliser avec méthode. Je détaille ici ses intérêts nutritionnels, les différences entre pulpe mélassée et non mélassée, la préparation correcte, les quantités raisonnables et les situations où la prudence s’impose.
La pulpe de betterave apporte des fibres digestibles, mais elle doit rester une partie d’une ration équilibrée
- Fibres fermentescibles : elle fournit une énergie progressive avec peu d’amidon.
- Préparation : la pulpe sèche gagne à être réhydratée avant distribution, surtout sous forme de granulés.
- Dosage : un cheval adulte reçoit souvent entre 0,5 et 1,5 kg secs par jour, selon sa ration et ses besoins.
- Minéraux : sa richesse en calcium impose de surveiller le rapport calcium-phosphore.
- Chevaux sensibles : la version non mélassée est généralement plus adaptée aux chevaux sujets aux troubles métaboliques.
Pourquoi intégrer de la pulpe de betterave dans la ration du cheval
La pulpe de betterave est un coproduit de l’industrie sucrière. Une fois déshydratée, elle contient environ 88 à 89 % de matière sèche et se distingue surtout par sa teneur en fibres digestibles, notamment les pectines. Dans le gros intestin, ces fibres sont fermentées par le microbiote et fournissent une énergie intéressante sans reposer principalement sur l’amidon des céréales.
Je la considère donc comme un aliment fibreux énergétique, et non comme un simple complément destiné à faire grossir. Elle peut remplacer une partie de l’avoine ou d’un aliment concentré très amidonné, tout en conservant une ration plus douce pour le système digestif.
Une énergie utile sans faire l’impasse sur le fourrage
La pulpe déshydratée apporte environ 0,77 UFC par kilogramme brut, selon les références nutritionnelles utilisées par l’IFCE. Elle ne remplace toutefois pas le foin. Le cheval doit continuer à recevoir une quantité suffisante de fourrage, car la pulpe ne reproduit ni la longueur des fibres ni le temps de mastication d’un foin de bonne qualité.
Son intérêt apparaît surtout lorsque le cheval a besoin d’un apport énergétique supplémentaire, mais que l’on souhaite limiter la quantité de céréales. C’est souvent le cas d’un cheval au travail modéré, d’un animal difficile à maintenir en état ou d’un senior dont la dentition ne permet plus de valoriser correctement les aliments grossiers.
Une source de protéines limitée
La pulpe de betterave contient relativement peu de protéines, autour de 7 à 8 % de matière brute selon le produit. Elle ne suffit donc pas à couvrir les besoins d’un poulain en croissance, d’une jument en fin de gestation ou d’un cheval très musclé si elle n’est pas associée à une source protéique adaptée, comme une luzerne bien dosée ou un aliment complémentaire équilibré.
C’est un point souvent sous-estimé. Ajouter de la pulpe pour augmenter l’énergie ne corrige pas une ration pauvre en protéines, en acides aminés, en vitamines ou en oligo-éléments.

Granulés, cossettes ou pulpe mélassée quelle forme choisir
Le choix de la présentation influence surtout la vitesse d’ingestion, le temps de préparation et la teneur en sucres. Je conseille de regarder l’étiquette complète plutôt que le seul nom commercial, car deux produits portant la même appellation peuvent avoir des profils différents.
| Forme | Points forts | Limites |
|---|---|---|
| Cossettes sèches | Format volumineux, ingestion généralement plus lente, bonne adaptation aux mashs | Temps de trempage souvent plus long et volume important après réhydratation |
| Granulés ou pellets | Stockage facile, dosage pratique, bonne disponibilité en magasin | Gonflement rapide, risque d’ingestion trop rapide s’ils sont distribués secs |
| Pulpe mélassée | Très appétente et intéressante pour certains chevaux qui doivent reprendre de l’état | Apport en sucres plus élevé, moins adaptée aux chevaux présentant une dérégulation de l’insuline |
| Pulpe non mélassée | Profil plus sobre en sucres, choix préférable pour de nombreux chevaux sensibles | Appétence parfois moindre et besoin de compléter la ration |
Pour un cheval robuste sans problème métabolique, la version mélassée peut convenir si la quantité reste cohérente avec l’ensemble de la ration. Pour un poney obèse, un cheval atteint de syndrome métabolique ou présentant une résistance à l’insuline, je privilégie plutôt une pulpe non mélassée, idéalement après vérification de la teneur en sucres et en amidon indiquée par le fabricant.
Comment préparer correctement la pulpe de betterave
La pulpe sèche absorbe beaucoup d’eau et augmente fortement de volume. Même si certaines études n’ont pas observé d’obstruction œsophagienne avec des quantités précises, la réhydratation reste la pratique la plus prudente, en particulier pour les pellets, les chevaux gloutons et ceux qui boivent peu pendant le repas.
Une méthode simple pour le trempage
- Pesez la pulpe à sec, car le poids après trempage ne permet plus de connaître la quantité réellement distribuée.
- Ajoutez l’eau selon les indications du fabricant. Un repère courant est de 2 à 5 litres d’eau par kilogramme de pulpe sèche.
- Laissez gonfler jusqu’à disparition des morceaux durs. Avec de l’eau tiède, comptez souvent au moins 30 minutes, et environ 60 minutes avec de l’eau froide.
- Mélangez avant de donner afin de vérifier que la texture est homogène et qu’aucun noyau sec ne reste au fond.
Les temps varient beaucoup selon la taille des flocons et la formulation des granulés. Je ne me fie donc jamais uniquement à l’horloge. La pulpe doit être entièrement hydratée, sans partie compacte susceptible d’être avalée rapidement.
Attention à la chaleur et à la conservation
Préparez de préférence la quantité nécessaire pour un seul repas. Par forte chaleur, l’IFCE recommande de ne pas dépasser quatre heures de trempage, car le mélange peut fermenter ou se dégrader rapidement. Toute pulpe à l’odeur aigre, à l’aspect visqueux ou présentant des moisissures doit être jetée.
Rincez le seau après chaque utilisation et conservez la pulpe sèche dans un endroit propre, sec et ventilé. Le trempage peut réduire une partie des sucres solubles, mais il ne transforme pas automatiquement une pulpe mélassée en aliment pauvre en sucre.
Quelle quantité donner à un cheval
Il n’existe pas de dose universelle, car la quantité dépend du poids du cheval, de son état corporel, du foin, de l’activité et des autres aliments distribués. Pour un adulte de 500 à 600 kg, je préfère commencer par 300 à 500 g secs par jour, répartis sur un ou deux repas, puis augmenter progressivement si la ration le justifie.
| Situation courante | Repère de départ en poids sec | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Cheval à l’entretien | 0 à 500 g par jour | Inutile d’ajouter de l’énergie à une ration déjà suffisante |
| Cheval au travail modéré | 500 g à 1 kg par jour | Réduire une partie des céréales plutôt que cumuler les sources d’énergie |
| Cheval difficile à maintenir en état | 1 à 1,5 kg par jour | Contrôler les protéines, les minéraux et l’évolution du poids |
| Ration très riche en fibres ou remplacement important | À calculer au cas par cas | Éviter de dépasser environ 25 % de la ration totale en matière sèche sans formulation précise |
Ces repères concernent la pulpe sèche avant ajout d’eau. Un seau rempli de pulpe réhydratée peut sembler très important, mais l’eau n’apporte pas les mêmes nutriments. Le dosage doit donc toujours être réalisé avec une balance.
Introduire progressivement
Je recommande une transition sur 7 à 10 jours. Commencez avec une petite quantité, puis augmentez par paliers tous les deux ou trois jours. Cette progression laisse au microbiote du gros intestin le temps de s’adapter à la fermentation de ces nouvelles fibres.
Si la ration contient déjà de l’avoine, de l’orge, du maïs ou un aliment complet, la pulpe doit généralement remplacer une partie du concentré. L’ajouter sans rien retirer peut provoquer une prise de poids excessive, surtout chez les chevaux peu actifs.
Pour quels chevaux est-elle intéressante et quelles précautions prendre
Chevaux âgés et chevaux qui manquent d’état
Réhydratée en bouillie, elle peut être facile à manger pour un cheval dont les dents ne broient plus correctement le foin. Elle apporte alors des fibres et de l’énergie sous une forme souple et appétente. Pour un cheval très maigre, je cherche toutefois la cause de la perte d’état avant d’augmenter la ration, notamment un problème dentaire, parasitaire ou médical.
La pulpe mélassée peut aider un cheval à reprendre du poids, mais elle n’est pas adaptée à toutes les situations. Si l’animal présente une résistance à l’insuline, un syndrome métabolique ou une tendance à la fourbure, je m’oriente plutôt vers une version non mélassée et contrôlée en sucres.
Chevaux de sport
Chez un cheval de compétition, elle peut remplacer une fraction d’un concentré riche en amidon. Cette substitution réduit la densité en céréales de la ration, mais la pulpe seule ne couvre pas nécessairement les besoins en protéines, en matières grasses, en sodium ou en vitamines du cheval soumis à un travail intense.
Pour un cheval très performant, la ration doit donc être calculée dans son ensemble. La pulpe est un outil utile, pas une solution complète.
Calcium, phosphore et reins
La pulpe est riche en calcium et pauvre en phosphore. Les tables utilisées par l’IFCE indiquent environ 12,9 g de calcium et 0,9 g de phosphore par kilogramme brut pour la pulpe déshydratée. Une ration trop riche en pulpe, en luzerne et en aliments minéraux contenant déjà beaucoup de calcium peut déséquilibrer l’ensemble.
Je vérifie particulièrement ce point chez les chevaux âgés, les poneys, les chevaux sujets aux entérolithes et ceux qui présentent une maladie rénale ou des antécédents de calculs. Dans une ration équilibrée, le rapport calcium-phosphore se situe généralement entre 1 et 3, mais le chiffre seul ne suffit pas à évaluer l’alimentation sans connaître les quantités réellement consommées.
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Ce qu’elle ne doit jamais remplacer
- Le fourrage, qui doit rester la base de l’alimentation du cheval.
- Un apport de vitamines et minéraux, car la pulpe n’est pas un aliment complet.
- Une source de protéines lorsque les besoins sont élevés.
- L’accès permanent à une eau propre, indispensable au bon fonctionnement digestif.
Le bon usage tient davantage à l’équilibre de la ration qu’à la pulpe elle-même
La pulpe de betterave pour cheval est une excellente source de fibres fermentescibles et d’énergie progressive lorsqu’elle est bien choisie, correctement réhydratée et intégrée à une ration calculée. Son intérêt est particulièrement net pour remplacer une partie des céréales, soutenir un cheval difficile à maintenir en état ou préparer une bouillie pour un senior.
Je retiens surtout trois règles simples. Pesez-la sèche, introduisez-la progressivement et surveillez le calcium, le phosphore et les sucres de la ration complète. Si le cheval souffre d’un trouble métabolique, rénal ou digestif, demandez l’avis d’un vétérinaire ou d’un nutritionniste équin avant de modifier fortement son alimentation.