Les ulcères gastriques perturbent souvent l’appétit, le comportement et la récupération bien avant de devenir un vrai tableau de colique. Je vais aller droit au but: comment les reconnaître, pourquoi ils apparaissent, comment le vétérinaire les confirme et, surtout, ce qui aide vraiment à les traiter et à éviter les rechutes.
Les repères qui changent la prise en charge
- Les signes sont souvent discrets: baisse d’appétit, poil terne, amaigrissement, irritabilité au travail, contre-performance.
- Le diagnostic fiable repose sur la gastroscopie, pas sur les seuls symptômes.
- Les lésions de la muqueuse squameuse et celles de la muqueuse glandulaire ne répondent pas exactement aux mêmes approches.
- L’oméprazole reste la base du traitement des ulcères squameux; les formes glandulaires demandent souvent plus de patience et parfois une association.
- Le foin, la limitation des jeûnes, la baisse de l’amidon et la gestion du stress pèsent lourd dans la prévention.
- Les compléments peuvent accompagner la prévention, mais ils ne remplacent pas un vrai protocole médical si le cheval est atteint.
Comprendre les deux formes d’ulcération chez le cheval
Quand je parle d’ulcères chez le cheval, je distingue toujours deux réalités: la muqueuse squameuse et la muqueuse glandulaire. Cette différence n’est pas théorique. Elle change les facteurs de risque, la vitesse de cicatrisation et même le choix du traitement.
L’IFCE rappelle que les ulcères de la portion squameuse touchent une grande partie des chevaux selon les études, avec une prévalence très variable selon l’utilisation, tandis que les ulcères glandulaires sont aussi fréquents qu’on l’imagine moins. En pratique, les chevaux de sport, de concours ou de course sont les profils que je surveille avec le plus d’attention.
| Point de comparaison | Muqueuse squameuse | Muqueuse glandulaire |
|---|---|---|
| Localisation | Partie non glandulaire, proche du margo plicatus | Antre pylorique et zones glandulaires |
| Déclencheurs fréquents | Jeûnes, travail intensif, stress, ration riche en amidon | Stress chronique, certains AINS, fragilité de la barrière protectrice |
| Ce qui marche le mieux | Réduction de l’acidité avec oméprazole et ajustement de la ration | Association plus ciblée, souvent plus longue, avec suivi vétérinaire |
| Évolution | Souvent plus rapide si le protocole est bien suivi | Cicatrisation plus lente, surveillance plus étroite |
Ce que je retiens surtout, c’est qu’un cheval peut cumuler plusieurs facteurs sans avoir des symptômes spectaculaires. C’est justement pour cela que la suite du raisonnement doit se faire sur des signes concrets, puis sur un examen adapté.
Les signes qui doivent vous faire réagir
Les ulcères gastriques ne donnent pas toujours un cheval “malade” au premier regard. Les signes sont souvent frustes, fluctuants et faciles à confondre avec un souci de comportement, d’entraînement ou d’alimentation. C’est aussi pour cela que je me méfie des explications trop rapides.
- Appétit irrégulier, surtout pour les concentrés.
- Poil terne, perte d’état, amaigrissement progressif.
- Coliques récurrentes, notamment après le repas.
- Irritabilité sous la selle, sensibilité au sanglage, réaction aux jambes, mordillement des flancs.
- Grincements de dents, bâillements, stéréotypies comme le tic à l’appui ou à l’air.
- Baisse de performance, foulées moins amples, cheval qui “n’avance plus” sans raison apparente.
Le point important, et il mérite d’être dit clairement, c’est qu’il n’existe pas de correspondance fiable entre l’intensité des signes et la gravité des lésions. Un cheval peut paraître seulement “un peu difficile” alors qu’il souffre réellement, ou à l’inverse montrer des signes très nets avec des lésions encore modérées.
Quand plusieurs de ces signaux se répètent, je ne conseille jamais d’attendre en espérant que “ça passe avec un meilleur travail”. Il faut passer à l’étape suivante: confirmer ou non l’hypothèse par un examen précis.

Confirmer le diagnostic sans se tromper
La gastroscopie reste l’examen de référence. Je préfère le dire franchement: les symptômes ne suffisent pas à poser un diagnostic sérieux. L’endoscope permet de visualiser la muqueuse, d’identifier la zone touchée et d’évaluer la sévérité des lésions.
En pratique, le cheval doit être à jeun avant l’examen, avec une diète alimentaire d’environ 12 heures et un accès à l’eau interrompu au moins 8 heures. Ce jeûne n’est pas un détail administratif: il sert à bien vider l’estomac pour que la vue soit exploitable.
La gastroscopie a aussi un autre intérêt: elle évite de tout mettre sur le compte d’un ulcère alors qu’une autre cause peut être en jeu. Impaction gastrique, tumeur, sténose du pylore: ce sont des diagnostics plus rares, mais il faut les garder en tête si le tableau ne colle pas.
Je conseille aussi, quand un traitement est mis en place, de prévoir un contrôle en fin de protocole. C’est le seul moyen de savoir si l’on a réellement cicatrisé la lésion ou seulement calmé les symptômes.
Le traitement qui donne de vrais résultats
Le traitement dépend de la localisation de l’ulcère. C’est là que beaucoup d’erreurs commencent: on traite “un ulcère” comme un bloc unique, alors qu’il n’existe pas une seule stratégie valable dans tous les cas.
Pour les lésions squameuses
L’oméprazole est la molécule de référence. Il réduit la production d’acide chlorhydrique et favorise la cicatrisation. En moyenne, le traitement oral dure 28 jours, avec une prise le matin avant le premier repas pour optimiser l’absorption.
Je recommande de respecter le timing avec précision: limiter les fourrages pendant la nuit qui précède, puis redonner une quantité importante de fourrage 60 à 90 minutes après l’administration. Ce détail de routine fait une vraie différence sur l’efficacité.
Si les signes persistent au-delà d’une semaine ou si la gastroscopie de contrôle montre que les lésions ne sont pas cicatrisées au bout de 4 semaines, il faut ajuster, prolonger ou compléter le protocole. Ce n’est pas un échec rare; c’est simplement le signe qu’il faut réévaluer le cas plutôt que d’insister au hasard.
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Pour les lésions glandulaires
Ici, je suis plus prudent. L’oméprazole seul est souvent insuffisant, parce que le problème n’est pas exactement le même. On associe fréquemment oméprazole et sucralfate, et certains cas nécessitent du misoprostol sous surveillance vétérinaire.
Le sucralfate agit comme une barrière locale et soutient la réparation de la muqueuse. Le misoprostol, lui, peut être utile, mais il demande des précautions réelles: il est contre-indiqué chez la jument gestante et doit être manipulé avec prudence chez l’être humain, en particulier pendant une grossesse.
Les lésions glandulaires cicatrisent plus lentement. J’insiste sur ce point parce qu’il évite bien des abandons prématurés de traitement. Dans ces cas, des contrôles endoscopiques mensuels peuvent être justifiés pour adapter la stratégie.
Les compléments alimentaires, eux, ont leur place surtout dans la prévention ou l’entretien, pas comme traitement de remplacement. Je vois encore trop souvent des chevaux sous “soutien digestif” alors qu’ils auraient besoin d’un vrai protocole médical.
Ce que je change pour éviter les récidives
La prévention n’est pas une formule magique. C’est une organisation quotidienne. Si l’environnement du cheval ne change pas, les ulcères reviennent facilement, surtout chez les sujets entraînés, stressés ou nourris de façon trop irrégulière.
- Fourrage en continu autant que possible, idéalement au pré ou avec du foin à volonté.
- Si le cheval vit au box, viser environ 1,5 à 2 % du poids vif en matière sèche de fourrage, soit 9 à 12 kg de foin par jour pour un cheval de 600 kg, répartis sur 4 à 6 repas.
- Éviter les intervalles de plus de 6 heures sans nourriture.
- Distribuer un peu de luzerne 30 à 60 minutes avant l’exercice quand c’est possible, car elle tamponne mieux l’acidité gastrique qu’un simple concentré.
- Limiter l’amidon à environ 2 g/kg de poids vif/jour; pour un cheval de 500 kg, cela représente 1 kg d’amidon maximum par jour.
- Fractionner les concentrés et les donner après le fourrage, jamais à jeun.
- Si l’énergie doit être augmentée, préférer une montée progressive d’huile de maïs, de colza ou de lin, sur 3 semaines, sans dépasser environ 50 mL/100 kg de poids vif.
- Laisser de l’eau à disposition et éviter les solutions hypertoniques ou les électrolytes donnés seuls à l’estomac vide.
- Réduire le stress, favoriser les sorties au paddock et les contacts sociaux, surtout chez les chevaux sensibles.
Dans les profils à risque glandulaire, j’ajoute souvent un autre repère simple: au moins deux jours de repos ou de travail léger par semaine. Ce n’est pas spectaculaire, mais c’est souvent ce qui fait tenir un cheval dans la durée.
Les erreurs qui prolongent la douleur
Je vois toujours les mêmes faux pas revenir. Le premier consiste à traiter la douleur sans corriger le rythme de vie. Le second, à charger la ration en concentrés tout en réduisant le foin “pour éviter qu’il grossisse”. Le troisième, à considérer qu’un complément suffit parce que le cheval mange un peu mieux pendant quelques jours.
Il y a aussi les chevaux qu’on travaille à jeun, qu’on transporte longtemps sans vraie gestion de l’alimentation, ou qu’on soulage trop vite avec des anti-inflammatoires sans prévenir le vétérinaire de leur sensibilité digestive. Dans un cheval prédisposé, ces choix entretiennent exactement ce qu’on cherche à calmer.
Mon repère est simple: si les signes reviennent, si l’état corporel chute, si les coliques se répètent ou si le cheval reste pénible au sanglage malgré les ajustements de ration, je ne temporise pas. Le bon réflexe est de revoir le protocole avec le vétérinaire, pas d’empiler les solutions partielles. C’est souvent à ce moment-là que la récupération devient enfin durable.