Les strongyles figurent parmi les parasites digestifs les plus importants chez le cheval, surtout dès qu’il vit au pré ou partage des pâtures avec d’autres équidés. Ils peuvent rester discrets pendant longtemps, puis provoquer une perte d’état, des coliques à répétition ou une diarrhée difficile à interpréter. Ici, je fais le point sur ce qu’il faut vraiment surveiller, sur la coproscopie, et sur la façon de prévenir sans tomber dans les vermifugations automatiques.
Les points à retenir avant d’agir
- Les petits strongles, ou cyathostomes, sont souvent les plus problématiques chez le cheval adulte.
- Un cheval infesté peut n’avoir aucun signe visible au début, ce qui rend la surveillance clinique trompeuse.
- La coproscopie sert à mesurer l’excrétion d’œufs, pas à dire si le cheval est “parfaitement sain”.
- La gestion raisonnée repose sur le statut du cheval, la saison et l’état de la pâture, pas sur un calendrier fixe.
- Le ramassage régulier des crottins et la gestion des lots réduisent fortement la réinfestation.
- Les poulains, les jeunes chevaux et les sujets fragiles méritent un suivi plus serré que les adultes en bon état.
Comprendre les strongyles et pourquoi ils restent un vrai problème
Quand je parle de strongyles, je distingue toujours deux réalités. Les grands strongyles migrent dans l’organisme et peuvent léser des vaisseaux sanguins ou l’intestin, alors que les petits strongyles, aussi appelés cyathostomes, vivent surtout dans le gros intestin et leurs larves peuvent s’enkyster dans la paroi digestive. C’est cette capacité à se cacher puis à réapparaître plus tard qui les rend si difficiles à gérer.
| Type de strongyle | Où il agit | Risque principal | Ce qui complique le diagnostic |
|---|---|---|---|
| Grands strongyles | Migration dans les vaisseaux et les organes avant de revenir vers l’intestin | Anémie, amaigrissement, coliques parfois sévères | Les signes peuvent être tardifs et non spécifiques |
| Petits strongyles | Gros intestin, avec larves susceptibles de s’enkyster dans la paroi | Diarrhée, perte d’état, troubles digestifs intermittents | Les larves cachées ne se lisent pas bien sur une simple analyse de crottin |
En pratique, ce sont souvent les petits strongyles qui me préoccupent le plus dans les écuries de loisir et d’élevage, parce qu’ils passent sous le radar jusqu’au moment où le cheval commence à maigrir ou à faire des épisodes digestifs à répétition. C’est justement pour cela qu’il faut apprendre à repérer les signaux faibles avant d’en arriver là.
Les signes qui doivent vraiment alerter
Un cheval parasité ne présente pas toujours un tableau spectaculaire. C’est même le piège classique. Beaucoup d’animaux gardent l’appétit, mais perdent progressivement de la masse musculaire, de l’éclat de poil et de la régularité au travail.
- Perte d’état malgré une ration qui semble correcte.
- Poil terne, récupération plus lente, baisse d’énergie.
- Coliques légères mais répétées, parfois après le pâturage.
- Diarrhée intermittente ou crottins plus mous que d’habitude.
- Chez les formes plus lourdes, faiblesse, anémie et sensibilité digestive marquée.
Je me méfie particulièrement des chevaux qui “ne sont pas malades, mais ne sont jamais vraiment bien”. Ce profil correspond souvent à une infestation modérée, longtemps tolérée, qui finit par peser sur le confort digestif et les performances. À ce stade, la coproscopie devient utile pour objectiver ce que l’œil soupçonne sans pouvoir le chiffrer.

La coproscopie pour décider sans vermifuger à l’aveugle
La coproscopie est l’outil que je privilégie pour sortir de la logique “un vermifuge de temps en temps, au hasard du calendrier”. Elle consiste à compter les œufs de parasites présents dans les crottins, et le résultat s’exprime en OPG, c’est-à-dire en œufs par gramme. L’IFCE rappelle qu’elle permet de différencier les chevaux faiblement excréteurs des chevaux forts excréteurs, avec un seuil qui peut être fixé à 200 ou 500 OPG selon l’exploitation.
Concrètement, je retiens trois points utiles :
- Un résultat faible ne veut pas dire “zéro parasite”, mais plutôt “pression limitée au moment du prélèvement”.
- Un résultat élevé signale un cheval qui contamine davantage ses congénères et ses pâtures.
- La coproscopie ne voit pas bien les larves enkystées des petits strongyles ni les ténias, donc elle ne remplace pas tout.
L’IFCE conseille aussi de constituer un vrai historique sur le cheval, avec au moins 3 coproscopies la première année, puis 2 la suivante. C’est ce suivi répété qui permet d’identifier les chevaux régulièrement excréteurs, souvent minoritaires, mais responsables d’une bonne partie de la contamination du troupeau. Une fois ce statut connu, on traite beaucoup plus juste.
Je précise un point important: une coproscopie négative n’autorise pas à conclure que le cheval est “propre” au sens absolu. Elle dit seulement ce qui est excrété à cet instant. C’est pour cela qu’il faut ensuite relier le résultat au contexte du cheval, à son âge, à la saison et à la pression parasitaire du lot.
Construire une vermifugation raisonnée qui tient la route
La vraie évolution, aujourd’hui, c’est d’abandonner les vermifugations systématiques tous les deux mois et les rotations de molécules faites sans logique. Les recommandations de terrain vont plutôt vers une stratégie ciblée, avec des traitements adaptés au statut d’excréteur et une vérification régulière de l’efficacité. C’est aussi la meilleure réponse aux résistances, déjà bien installées chez les petits strongyles.
Je raisonne en général de cette manière :
- Au printemps et en été, je cible surtout les forts excréteurs.
- En automne, le traitement est plus large, car certaines larves de petits strongyles et d’autres parasites digestifs sont moins bien captés par la seule coproscopie.
- En cas de doute sur l’efficacité d’un vermifuge, je demande un test de réduction du comptage des œufs après traitement, pour vérifier que la molécule fait réellement son travail.
- Je ne change pas de molécule “par habitude” si le résultat n’est pas justifié.
Dans une simulation de l’IFCE, une vermifugation systématique trois fois par an a été évaluée à 53,75 € HT par cheval. La stratégie raisonnée peut sembler plus technique au départ, parce qu’elle ajoute des coproscopies et un peu de suivi, mais elle réduit surtout les traitements inutiles et la pression de sélection des résistances. À long terme, c’est souvent ce qui protège le mieux le troupeau.
Le point clé, à mes yeux, est simple: on ne traite pas un cheval “par principe”, on traite un cheval parce qu’on comprend son niveau de risque. Et cette logique n’est efficace que si l’environnement ne relance pas la machine derrière.
Assainir pâtures, paddocks et boxes pour casser le cycle
La majorité du problème se joue dehors. L’environnement concentre l’essentiel des formes infestantes, et c’est là que la prévention fait la plus grande différence. L’IFCE rappelle d’ailleurs qu’un ramassage régulier des crottins est l’une des mesures les plus efficaces pour limiter la réinfestation.
- Ramasser les crottins au moins 1 à 2 fois par semaine, et viser 2 fois par semaine dès qu’il y a des jeunes chevaux ou une forte pression parasitaire.
- Éviter le surpâturage, qui oblige les chevaux à brouter très près des zones souillées.
- Faire tourner les paddocks quand c’est possible, au lieu de concentrer les chevaux sur une seule surface.
- Ne pas utiliser systématiquement la même pâture pour les poulains d’une année sur l’autre.
- Nettoyer soigneusement boxes, abreuvoirs et zones de nourrissage.
- Isoler les nouveaux arrivants le temps d’un bilan vétérinaire et d’un contrôle parasitaire.
Je recommande aussi de raisonner la gestion du fumier. Un fumier correctement composté est nettement plus intéressant qu’un dépôt dispersé en bout de pré, parce qu’il limite la dissémination des formes parasitaires. Sur les petites structures, ce sont souvent ces gestes simples, répétés sans relâche, qui font baisser la pression parasitaire bien plus sûrement qu’un changement de vermifuge.
Les poulains et les jeunes chevaux demandent un suivi plus serré
Les poulains ne se gèrent pas comme les adultes. Avant 6 mois, ils sont surtout exposés aux ascaris, puis les petits strongyles prennent davantage de place dans le tableau parasitaire. C’est un âge où la marge d’erreur est plus faible, parce que la croissance, l’immunité et la digestion sont encore en construction.
Chez eux, je surveille de près :
- La diarrhée persistante ou récurrente.
- Un retard de croissance ou une reprise d’état trop lente.
- Un poil pauvre et un ventre qui reste “chargé”.
- Une baisse de forme au pâturage ou à l’apprentissage du travail.
À partir de 6 mois, une coproscopie devient particulièrement utile pour orienter le choix du traitement. Chez un jeune cheval, je préfère intervenir tôt et proprement plutôt que d’attendre des signes nets, parce qu’ils arrivent souvent quand la charge parasitaire est déjà installée. Chez un cheval âgé ou très maigre, je garde la même prudence: une petite infestation peut avoir un impact beaucoup plus grand qu’on ne l’imagine.
Ce que je retiens pour garder un troupeau sain sans surtraiter
Si je devais résumer la logique la plus solide, je dirais qu’il faut combiner trois leviers: observer le cheval, mesurer quand c’est utile, et nettoyer le milieu. C’est cette combinaison qui permet de réduire les strongyles sans nourrir les résistances ni multiplier les traitements inutiles.
- Je ne me fie pas seulement à l’absence de signes cliniques.
- Je m’appuie sur la coproscopie pour savoir quels chevaux contaminent le plus.
- Je traite davantage les forts excréteurs et moins les chevaux peu concernés.
- Je réserve le large spectre aux moments où il a vraiment du sens.
- Je maintiens une hygiène de pâture stricte, parce que c’est là que se joue une grande partie du résultat.
En pratique, la meilleure stratégie n’est ni “tout vermifuger” ni “ne rien faire tant qu’il n’y a pas de symptômes”. Elle consiste à suivre chaque cheval avec un minimum de méthode, puis à adapter le geste au bon moment. C’est ce qui protège le mieux le cheval, le troupeau et l’efficacité des vermifuges dans la durée.