Un cheval maigre, un poulain en croissance ou une jument en fin de gestation n’a pas toujours besoin de plus de céréales. La luzerne fourragère peut alors renforcer la ration grâce à sa richesse en protéines et en calcium, à condition de l’utiliser avec mesure. Je vous explique quelles formes choisir, quelle quantité envisager et dans quels cas ce fourrage devient moins adapté.
La luzerne peut enrichir une ration, mais elle ne remplace pas toujours le foin de prairie
- Protéines : le foin de luzerne en apporte généralement 3 à 4 fois plus qu’un foin de prairie.
- Calcium : sa teneur peut être 4 à 5 fois supérieure, ce qui impose de regarder l’équilibre minéral global.
- Chevaux concernés : poulains, juments gestantes, chevaux âgés ou animaux ayant des besoins protéiques élevés.
- Formes disponibles : foin, bouchons, granulés déshydratés, enrubanné ou mélange avec une graminée.
- Précaution principale : éviter une distribution excessive ou exclusive sans analyse de la ration.

Pourquoi la luzerne fourragère est intéressante pour les chevaux
La luzerne est une légumineuse, comme le trèfle. Sa particularité est d’apporter beaucoup de protéines digestibles, notamment de la lysine, un acide aminé important pour les muscles, la croissance et la réparation des tissus. Elle fournit aussi du calcium, du magnésium, des vitamines et des acides gras intéressants.
Son intérêt apparaît surtout lorsque le fourrage habituel couvre mal les besoins en protéines. C’est le cas d’un poulain en développement, d’une poulinière en fin de gestation, d’un cheval âgé qui perd de l’état ou d’un animal soumis à un travail soutenu. Pour un cheval adulte au repos, en revanche, un foin de prairie de bonne qualité suffit souvent.
Selon les références de l’IFCE, un foin de luzerne récolté au stade du bourgeonnement fournit environ 114 g de MADC par kg de matière sèche, contre environ 68 g pour un foin de prairie de référence. Son énergie reste proche de celle d’un foin classique. Elle sert donc davantage à corriger un déficit protéique qu’à faire grossir rapidement un cheval.
| Critère | Foin de prairie | Foin de luzerne | Ce que cela change |
|---|---|---|---|
| Énergie | Environ 0,62 UFC/kg de matière sèche | Environ 0,58 UFC/kg de matière sèche | La luzerne n’est pas automatiquement plus calorique. |
| Protéines digestibles | Environ 68 g/kg | Environ 114 g/kg | Elle convient mieux aux besoins protéiques élevés. |
| Calcium | Environ 4,6 g/kg | Environ 12,5 g/kg | Il faut surveiller l’équilibre calcium-phosphore. |
Quelle forme choisir selon l’usage et le cheval
Le foin de luzerne est la forme la plus intéressante pour conserver une mastication longue. Il peut être distribué en complément d’un foin de graminées, dans un filet à petites mailles si le cheval mange trop vite. Les feuilles sont la partie la plus nutritive, mais aussi la plus fragile. Un foin très poussiéreux, brun ou composé presque uniquement de tiges perd une grande partie de son intérêt.
Le foin et l’enrubanné
Le foin doit être bien sec, souple, odorant et exempt de moisissures. L’enrubanné peut être appétent et riche, mais il exige une conservation irréprochable. Une balle perforée ou mal fermentée peut provoquer des troubles digestifs, et sa teneur en matière sèche varie davantage, ce qui complique le calcul des quantités.
Les bouchons et granulés déshydratés
Les granulés ou bouchons sont pratiques lorsque le cheval trie son foin, a des difficultés à mâcher ou doit recevoir une quantité précise. Ils sont aussi utiles pour transporter une ration. Je les considère toutefois comme un complément de fourrage, pas comme une excuse pour réduire fortement le temps de mastication.
Les bouchons doivent être pesés et introduits progressivement. Chez un cheval âgé ou sujet à l’étouffement, il est prudent de les réhydrater suffisamment, en suivant les indications du fabricant. Leur taux de protéines peut varier, par exemple autour de 17 à 18 % de matière azotée totale, alors que la luzerne seule présente une composition différente selon la récolte.
Comment l’intégrer dans une ration sans la déséquilibrer
La ration doit rester construite autour du fourrage. Chez le cheval, la quantité totale de matière sèche consommée se situe souvent autour de 1,5 à 2 % du poids vif par jour, à ajuster selon l’état corporel, l’activité et la qualité du fourrage. Pour un cheval de 500 kg, cela représente environ 7,5 à 10 kg de matière sèche, soit davantage en poids brut lorsque le fourrage contient de l’eau.
La luzerne peut remplacer une partie du foin de prairie, mais il vaut mieux éviter de modifier toute la ration d’un seul coup. Une transition sur 7 à 10 jours permet à la flore digestive de s’adapter. Le plus simple consiste à commencer par une petite quantité, puis à augmenter par paliers tout en observant les crottins, l’appétit et l’état corporel.
| Situation | Approche raisonnable | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Cheval adulte à l’entretien | Petite part mélangée au foin de prairie | Éviter d’ajouter des protéines sans besoin réel. |
| Cheval en travail soutenu | Complément ajusté avec le reste de la ration | La luzerne ne remplace pas forcément une source d’énergie. |
| Poulain ou jument gestante | Part plus importante possible si les besoins sont confirmés | Surveiller calcium, phosphore et oligoéléments. |
| Cheval âgé | Foin tendre ou luzerne réhydratée | Adapter la texture aux capacités de mastication. |
Les exemples de ration publiés par l’IFCE associent souvent quelques kilogrammes de foin de luzerne à une quantité plus importante de foin de graminées. Pour une poulinière de 550 kg en fin de gestation, une ration indicative peut comporter 3 kg de foin de luzerne et 8 kg de foin de graminées, mais ce chiffre ne doit pas être copié sans tenir compte du fourrage réellement disponible.
Les limites et les erreurs à éviter
La première erreur consiste à croire que plus de luzerne signifie automatiquement plus de muscle ou plus de poids. Elle apporte surtout des protéines et des minéraux. Si le cheval manque d’énergie, il faudra peut-être revoir la quantité totale de fourrage ou ajouter une source énergétique adaptée, plutôt que distribuer toujours plus de luzerne.
Le deuxième piège concerne le calcium en excès. Une ration très riche en luzerne, associée à de la pulpe de betterave ou à certains compléments minéraux, peut déséquilibrer les apports. Chez les chevaux âgés, une distribution exclusive et prolongée mérite une prudence particulière, notamment en raison du risque de calculs urinaires évoqué par les recommandations de l’IFCE.
Je déconseille également les fourrages dont la qualité sanitaire est douteuse. Une odeur de moisi, de la poussière visible, des zones chaudes dans une balle ou une couleur anormalement sombre sont de mauvais signes. Les problèmes respiratoires et digestifs viennent parfois moins de la plante elle-même que de sa mauvaise conservation.
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Le cas des autres animaux d’élevage
Chez les bovins, ovins et caprins, la luzerne est aussi appréciée pour sa richesse protéique. La forme et la quantité doivent cependant être adaptées à l’espèce, au stade physiologique et au système d’élevage. La luzerne fraîche distribuée brutalement peut notamment favoriser la météorisation chez les ruminants, ce qui justifie une mise à l’herbe progressive et une ration équilibrée.
Comment reconnaître une luzerne de qualité
Un bon fourrage se juge d’abord à ses feuilles. Elles doivent être encore présentes, vertes à vert olive, sans excès de poussière ni odeur fermentée. Une récolte au stade du bourgeonnement offre généralement un compromis intéressant entre rendement, digestibilité et teneur en protéines.
- Privilégiez un foin avec beaucoup de feuilles et des tiges fines.
- Refusez les balles présentant des traces de moisissure ou d’échauffement.
- Demandez, si possible, une analyse indiquant matière sèche, protéines, énergie, calcium et phosphore.
- Comparez la composition du fourrage avec celle du complément minéral déjà distribué.
- Conservez les balles dans un local sec, ventilé et protégé du sol.
L’analyse est particulièrement utile lorsque la luzerne représente une part importante de la ration. Deux foins visuellement proches peuvent avoir des valeurs nutritionnelles différentes selon le sol, la météo, le stade de coupe et la proportion de feuilles. Cette vérification coûte généralement moins cher qu’un rééquilibrage tardif après une perte d’état ou un trouble digestif.
Le bon réflexe avant de remplir le filet
La luzerne est un excellent outil pour renforcer une ration pauvre en protéines, surtout chez les chevaux en croissance, les poulinières et les animaux qui perdent facilement de l’état. Elle reste moins pertinente comme fourrage unique pour un cheval adulte peu sollicité, qui risque surtout de recevoir plus de protéines et de calcium que nécessaire.
Avant de choisir la quantité, je regarde toujours quatre éléments. Le poids et l’état corporel du cheval, son niveau de travail, la qualité du foin principal et l’équilibre calcium-phosphore de l’ensemble de la ration. Avec une introduction progressive et, lorsque c’est possible, une analyse du fourrage, la luzerne devient un complément précis et utile plutôt qu’un aliment distribué au hasard.